Un peu d'histoire sur Perrine Dugué...

Cette jeune fille de Thorigné en Charnie (Mayenne), fille de Jean Dugué et de Marie Renard, issue d'une famille réputée pour sa ferveur républicaine, est née à la ferme de la Ménagerie à Thorigné le 24 avril 1777. Le mardi saint 2 germinal an IV (22 mars 1796) - elle habite alors à la ferme des Pins sur la route de Thorigné à Saint Denis d'Orques, elle se rend, par les chemins qui traversent la forêt de la Charnie, au marché de Sainte-Suzanne, avec des voisins fermiers, dont M. Marteau, fermier à la Babinière. Elle compte aussi rendre visite à ses frères aînés, Antoine et Jean, qui ont rejoint la garnison républicaine de Sainte-Suzanne après l'incendie par les Chouans de l'église de Thorigné.

  • Trois chouans arrêtent le groupe à la « Lande de Blandouet », au croisement des chemins allant de Blandouet à Chammes et de Thorigné à Sainte-Suzanne, à proximité du chêne des Évêts (ou Évais) qui existe toujours de nos jours ; ils font descendre Perrine de cheval, et renvoient les fermiers, dont les sieurs Marteau et Houtin. « Ils forcèrent la jeune fille de descendre de cheval et, sur les observations du sieur Houtin, ils répondirent à celui-ci que ce qu'ils faisaient ne le regardait pas et l'incitèrent à passer son chemin, ou sinon... ».

La suite de l'histoire comporte deux versions, l'une « politique », l'autre sordide.

Les peintures de la grottes Mayenne-Sciences attestent une présence humaine depuis le Paléolithique. Les objets antiques mis au jour  en 1870 témoignent de la continuité de l'occupation du site. Au Moyen-Age, une importante  forteresse de pierre et de terre est implantée à Thorigné.

Raoul de Thorigné, cité en 1090, est le premier seigneur connu. Thorigné appartient ensuite aux comtes d'Alençon à partir dfe 1382, puis à Henri IV qui vend la seigneurie à Claude de Bouillé en 1594.

A l'époque révolutionnaire, l'église est transformée en caserne républicaine. La jeune Perrine Dugué est assassinée par des Chouans en 1776. Surnommée "la sainte aux ailes tricolores", elle devient l'objet d'un culte populaire intense.

De 1870 à 1890, l'abbé Joseph Maillard est curé de Thorigné-en-Charnie. Ancien aumônier militaire pendant la guerre de Crimée, il consacre une grande partie de son temps libre à l'étude des vestiges préhistoriques et médiévaux de la cité. Ses recherches ont fait l'objet de plusieurs publications.

  

Il y a 220 ans dans la forêt de Chammes……

                En ce 22 mars 1796, c’est la foire à Sainte Suzanne. Perrine Dugué, une jeune fille de 19 ans de Thorigné, veut y aller afin de ravitailler ses deux frères qui, républicains, s’y sont réfugiés.

                Tout le monde l’en dissuade car les chouans sévissent dans la région et la famille Dugué  étant républicaine (tout en étant restée catholique) est directement menacée. Pourtant rien n’y fait. « le Diable lui-même ne me retiendra pas » dit-elle en partant avec des voisins fermiers.

                Dans la plaine de Blandouet, trois Chouans  les arrêtent, ordonnent à Perrine de descendre et aux fermiers de repartir chez eux.

                Perrine subit d’horribles sévices et est laissée agonisante, seule près du chêne des Evêts. La peur des chouans est telle que ce n’est qu’au bout de quatre jours que l’on ose intervenir. La femme qui est présente lors de son dernier soupir est miraculeusement guérie et il est dit que lorsqu’elle rend son dernier soupir, on a vu son âme s’élever dans le ciel avec des ailes tricolores.

                A partir de là, va se créer la légende de la « Sainte Tricolore » : on vient en pèlerinage de fort loin, on a compté jusqu’à 2000 pèlerins sur sa tombe, une simple fosse (le cimetière lui ayant été  refusé). Des complaintes sont éditées et colportées dans  toute la France.

                On veut lui donner une sépulture digne d’elle : un cultivateur,

M. Dagoreau, donne à sa mère un terrain pour construire une chapelle grâce aux dons des pèlerins. En septembre 1797, de nuit et secrètement (car on craint encore les chouans), on y dépose son corps sous l’autel.

                En 2005, dans un grenier de Sainte Suzanne, un carnet qui relate ces faits est retrouvé. Il rapporte une conversation entre M. Pommeau, notaire, et M. Dergère qui, à l’âge de 12 ans, avait assisté à l’exhumation du corps. Il avait vu les blessures sur le visage de Perrine et touché son corps qui était parfaitement conservé malgré dix huit mois dans la terre. Dans ce carnet, il révèle aussi le nom de deux des trois chouans qui ont commis ce forfait et, s’ils n’ont pas été inquiétés directement, ont été méprisés toute leur vie par les gens.

Article de Madame Dominique Paradis descendante de la famille Dugué 

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À Thorigné en Charnie...